Avec mon bégaiement, comment j'me sens...
Avec mon bégaiement, comment j’me sens…
(pas mal, et vous?)
Le fait de
bégayer peut avoir plusieurs sources, causes et origines.
Des facteurs différents entrent en jeu ou s’associent, qui
peuvent être
● génétiques
● neurologiques
● être le
résultat d’un traumatisme ● être lié à un syndrome plus large (TSA, détresse
émotionnelle, malaise social)
●dû à un état psychologique particulier, dans lequel on se
trouve à un moment donné (enfance, adolescence ou âge adulte) quand tout a
tendance à faire peur.
● mais ce
peut être aussi une habitude prise, par sentiment de différence par rapport aux autres,
pour qui tout a l’air “tellement facile”…
● une phase de l’existence
tout simplement passagère. Quand d’autres
peuvent rougir, avoir les mains moites dans des situations de gêne, ou de
tension, il y en a qui bégayent – et à force de bégayer, ils ou elles ont peur que ça arrive !
En parler avec les autres, quand les conditions et le moment
s’y prêtent, ne peut être que bénéfique, car sinon, si les gens ne savent pas,
ils peuvent être eux-mêmes surpris et se placer dans l’évitement et hésiter
alors à maintenir le contact visuel “pour ne
pas vous gêner”, faire mine de ne rien voir ou plutôt ne pas entendre “les
blancs” qui se glissent dans le débit de votre parole, regarder ailleurs, se
détourner par impatience ou même, “boucher les trous” pour
vous aider, dans les phrases, et à votre place… Ce qui n’est pas
terrible comme méthode et indique qu’ils n’ont pas trop de temps à vous
accorder. S’ils savent, sont au courant, ils attendent « que ça sorte »,
et sont contents d’avoir appris ce que vous aviez à communiquer. Ils n’en font
pas une affaire.
∞ ∞ ∞
Comment évolue ta tendance à parler par moments de façon hésitante ou heurtée-précipitée, d’après toi ?
Par exemple, depuis
2023, quand tu allais chez le sophrologue, as-tu trouvé une amélioration ou
bien c’est resté stationnaire ?
-
Une
toute petite amélioration, mais assez peu finalement. Ça m’a aidé peut-être
pour les oraux du bac.
Pour beaucoup de personnes
qui ont tendance à bégayer, mais pas non plus en permanence, cela peut créer
des inhibitions, la crainte d’avoir à s’exprimer en public, répondre au
téléphone, etc. Est-ce ton cas ?
-
Depuis
que je bégaie, oui, j’ai une petite crainte quand je parle en public.
Comment la dépasses-tu
cette crainte de buter sur les mots ?
-
Je
me concentre… prends une inspiration, et me lance. Si ça n’suffit pas, je m’arrête
et reprends, en demandant un peu de temps.
Les répétitions, les
blocages, les substitutions de mots par d’autres, “plus faciles” et tout l’effort
physique que représente le fait même de parler, est-ce que tu sens ça en
permanence chez toi ou bien seulement dans certaines conditions ?
-
Très
très souvent…
Peux-tu te rappeler
quand ça a commencé ? À quelle époque de ton enfance ou de ton adolescence ?
-
Vers
10-11 ans je pense. À la fin du primaire.
D’après toi, est-ce que
le bégaiement ou plus simplement la difficulté à parler de façon fluide, sans
un débit heurté, proviendrait de…
○ la peur – les peurs –
un cercle vicieux dans lequel on s’enferme soi-même – la honte – la culpabilité
– un manque de confiance en soi – la timidité – la précipitation – l’envie de
faire bien et ne pas y parvenir – avoir à sortir de son monde intérieur – la tension,
les moments d’évitement ressentis – l’anxiété – ou autre chose…
- Alors je dirais : 1- la précipitation 2- avoir à sortir de son monde intérieur 3-
l’anxiété. = les freins en moi les plus fréquents ou
perturbants.
T’est-il possible de
contrôler ton bégaiement ?
toujours
parfois
rarement
de
temps en temps
-
La
réponse est parfois.
Te sens-tu capable de
te laisser aller à parler, et ce malgré la crainte de devoir t’y reprendre à
deux fois – et recommencer ?
-
Oui,
je peux le faire.
On dit souvent qu’il
est préférable de parler, plutôt que de rester silencieux par peur de bégayer.
Qu’en penses-tu ?
-
Oui
je suis assez d’accord. Toute façon le bégaiement restera, même si je n’parle
pas, alors autant dire ce que j’ai à dire, quand j’en ai envie ou en éprouve le
besoin.
Y a-t-il des mots sur
lesquels tu sais à l’avance que tu vas être en galère pour les dire, et si oui,
tentes-tu de les remplacer par d’autres que tu sais plus “faciles” à prononcer ?
-
Non,
pas spécialement. Je n’vois pas.
Considérerais-tu que le
fait que souvent tu butes sur les mots ou a du mal a délivrer une longue phrase
d’un coup sans hésitation est seulement une petite partie de qui tu es ?
Que cela ne te résume pas en entier.
-
Non,
évidemment. Je suis bien plus.
Penses-tu qu’il vaut
mieux se montrer tel que l’on est vraiment, plutôt que rechercher des
moyens-refuges pour se cacher ?
-
Ah
ben oui, ça c’est sûr !
Es-tu capable de parler
sans problème ou réticence de ta difficulté à t’exprimer “comme tout le monde” ?
-
Pas
toujours, mais oui. Et en fait je pense que, si et quand je bégaie, c’est
plutôt à cause de mon autisme, enfin ça fait partie de l’ensemble, et pas trop
du simple fait de bégayer. Par exemple tout à l’heure tu m’as posé une
question, concrète, matérielle, concernant un planning à venir : je t’ai
répondu Je sais pas (sans bégayer !)
et après coup, très vite, je me suis dit que ça n’allait pas comme réponse, qu’il
fallait que je fasse un effort pour répondre mieux et plus, et que je me sorte
de ce à quoi j’étais à ce moment en train
de penser, mais comme, effectivement, je
ne savais pas, alors j’ai inventé
sur le moment une réponse tout à fait fantaisiste, que tu n’as pas validée ni
crue… Et ça me fait souvent ça. En permanence je ressens le besoin de ne pas
trop montrer que certaines choses ne m’intéressent pas, ou me concernent pas
trop, on va dire.
Rangerais-tu le bégaiement
comme un trait personnel un peu spécifique mais sans rien de plus, à l’égal de
certaines capacités physiques, à lire ou à rédiger, à s’exprimer, faire de l’humour,
à te tenir dans ton corps et ta personne en son entier, ou bien le vois-tu
comme quelque chose d’à part qui te distinguerait des autres ?
-
Alors
là-dessus faut que je réfléchisse. Je te dirai ça.
T’arrive-t-il de te
demander : Pourquoi des fois je bégaie et d’autres fois non ?
-
Des
fois, oui, ça m’arrive, mais je ne pense pas à ça en permanence. Ce n’est pas
mon sujet.
Trouves-tu, souvent,
que par rapport aux autres troubles qui t’affectent, rapport à ton autisme, le
bégaiement soit assez secondaire et disons n’est pas ce qui est le plus gênant
ou qui te pose le plus de problèmes ?
-
Il
est quand même très gênant, mais ce n’est peut-être pas « le plus gênant ».
Vois-tu le fait de
parfois-mais-pas toujours bégayer comme étant juste ton état, à cet instant.
-
Oui,
ça sûrement…
Si l’on “fait avec” son
bégaiement, est-ce pour toi : 1- se résigner, renoncer à le faire
disparaître. 2- Chercher à comprendre comment il fonctionne, pourquoi il est
là, comment est-ce arrivé… 3- essayer de mieux vivre avec, en le contrôlant.
-
2
et 3.
Comment perçois-tu la
réaction des autres, avec lesquels tu parles, quand ça “ne coule pas de source” ?
Les sens-tu plutôt patients – attentifs – intéressés par ce que tu dis, plus
que par la manière dont tu le dis ? Arrives-tu à maintenir le
contact visuel et à garder en tête ce que tu es en train de dire sans te perdre
dans la façon dont “ça sort”, et oublier ton sujet ?
-
En
général je les sens compréhensifs, et des fois oui c’est vrai, impatients.
En parler avec les
autres, proches et entourage amical ou professionnel, si tu sens que ça les
intéresse, est-ce possible, pour toi ?
-
Oui,
c’est possible pour moi.
Pouvoir dire : « Bon,
je recommence. Là je ne vais pas m’en sortir… » Ou bien : « Ouh
là là… phrase complexe… je galère pour la finir. Je reprends. » (ça rend
les choses sympas et enlève toute gêne chez l’interlocuteur, qui peut alors “ne
plus peiner pour toi” et à ta place…)
Peux-tu faire voir que
le bégaiement ne va pas t’empêcher de profiter de la vie ? ni s’interposer
entre toi et l’autre personne, à qui tu parles. Que ce n’est pas un souci.
-
Oui,
je vis ma vie comme les autres.
∞∞∞
Toujours maintenir le contact visuel, en regardant l’autre donc, entre interlocuteurs permet au bégaiement d’avancer
à travers l’enchaînement des mots. De façon objective et dans l’affirmation de
soi. Car ça devient alors plus difficile d’abandonner, de faire diversion, de
prendre la fuite ou de laisser tomber : il faut aller jusqu’au bout… de la phrase, au moins !
Le contact visuel est quelque chose de naturel, qu’on ne doit
pas forcer. Ne pas fixer intensément l’autre “dans les yeux” (ça fiche la
trouille ou met mal à l’aise, au mieux). C’est trouver l’équilibre, la bonne
dose, sans excès, entre « regarder dans les yeux de l’autre » (en
fait regarder son regard) et en même
temps laisser de l’air passer entre les deux regards… Qu’on ne soit pas
étouffé. Maintenant, il y a aussi “éviter de baisser les yeux”, car cela risque
d’être pris pour la fin de la
communication.
Pas besoin d’être gêné par son bégaiement : beaucoup de
personnes font ça tout le temps, sans avoir le trouble : tout à coup, c’est
fini, en plein milieu d’une phrase, pof !, il n’y a plus personne. C’est
très désagréable…



Super site, très riche en images et bien documenté. J'adore ta phrase ''Toute façon le bégaiement restera, même si je n’parle pas, alors autant dire ce que j’ai à dire, quand j’en ai envie ou en éprouve le besoin''. Beau pied de nez aux gens qui parlent vite pour ne rien dire :))
RépondreSupprimerMerci ! :)
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