Handicapé, moi ?
Moi,
handicapé ? C’est-à-dire ?
Réalités du monde des handicaps
Cinq mois avant ma naissance, le 11 février 2005 une loi
concernant le handicap a été votée. Vingt ans après l’entrée en vigueur de
cette loi, quelles sont les avancées ?
Le Collectif Handicaps (54 associations en font partie)
évoque “une grande loi” qui aurait été mal appliquée et oubliée peu à peu. Elle
couvrait plusieurs domaines de la vie (accessibilité dans les transports en
milieux urbain et rural, logement, emploi, éducation en milieu scolaire et pas
automatiquement dans des institutions spécialisées) mais elle a vite été
éclipsée, dès 2008, avec la crise financière des Subprimes qui a retentit partout. Puis, sous François Hollande, pas
mal de collectivités ont contesté les obligations que cette loi entraînait. À
partir de 2015, de plus en plus de dérogations furent accordées et les
obligations d’accessibilité pour les établissements recevant du public sont
passées à l’as en beaucoup d’endroits.
Cela, pour le volet concernant les personnes à handicap
moteur. Mais dans tout le domaine des handicaps, au sujet de la mobilité, l’emploi,
l’éducation… de fortes inégalités existent toujours. Depuis 2015, si une nette
progression du recrutement et l’emploi de personnes porteuses de handicap est à
noter, le taux de chômage varie selon la nature du handicap (qu’il soit moteur,
sensoriel, mental ou celui de personnes souffrant de troubles du spectre autistique,
qui varient beaucoup d’un cas à l’autre), et le transport tout comme le
logement font partie des difficultés à trouver une formation, un apprentissage
et par la suite un emploi. Il faut en priorité pouvoir se rendre à son école ou
à son poste de travail seul(e). C’est un des points majeurs de l’autonomie.
Grâce à la loi de 2005 (ensemble de mesures visant à favoriser l’insertion
professionnelle, la création d’un droit à la compensation, la mise en place de
dispositions permettant d’accéder à la formation et à l’école publique par l’accompagnement
en classe des élèves en situation de handicap - AESH, que sont les personnes
employées sous contrat et qui restent mal formées, pas bien payées et peu
reconnues), les choses sont pourtant loin d’être à la hauteur des besoins.
Changer de regard ?
On parle souvent du fait qu’il faudrait “changer de regard”,
sur la question. Ça veut dire quoi au juste ? Le regard a changé, ça
commence du moins, c’est vrai, mais c’est l’imaginaire autour de la question du
handicap qu’il faudrait faire évoluer, modifier, réinventer même, en sortant
définitivement par exemple des notions de performance, de courage, de volonté…
et des visions du style : Quand on
veut on peut. Quand on a de la volonté tout est possible. À cœur vaillant, rien
d’impossible… et toutes ces conneries dans le genre, qui datent d’un autre
siècle.
Dans notre société capitaliste qui idéalise et valorise la
figure de l’homme jeune et en pleine forme, le handicap, quel qu’il soit,
renvoie à une vulnérabilité qui ne plaît pas ou « ne convient pas »
et que certains préfèrent ne pas voir. Trop d’impatience visible si une
personne est lente à se déplacer ou bien si elle s’exprime avec des
hésitations, des “blancs” dans la parole, des silences ou que ses mots sortent
de façon décalée, se bousculant, cela est considérer comme gênant.
Une des clés pour avancer ce serait plus d’inclusion encore
et de visibilité des personnes handicapées, une meilleure connaissance
concernant les divers handicaps et leurs capacités à être intégrés non comme un
poids mais un supplément de talents différents dans la société.
[Sources : Sébastien Peytavie, 1er député en
fauteuil roulant de la Ve République]
Témoignages
Je ne comprends pas qu’on me ramène constamment à ce
handicap, qui ne m’empêche pas de vivre et que j’arrive à gérer, avec le temps.
(Laurent)
Les grands obstacles, comme les petites vexations
quotidiennes, il nous faut chaque jour les contourner. Ça prend du temps et de
l’énergie. (Noémie)
J’ai fait un travail sur moi. Les regards, je ne les vois
plus. Quand quelqu’un s’avise de blaguer sur moi et que je réponds en faisant
une remarque comme n’importe qui pourrait le faire, on va me dire que je n’ai
pas d’humour, et s’excuser du bout des lèvres pour « la blague »…
Comme si, pour être un “bon” handicapé, il fallait plus que quiconque savoir se
moquer de soi-même et supporter les sorties des autres toujours avec le
sourire. Mais pourquoi ? Pour mettre les autres à l’aise ? (Cynthia)
Moi je n’ai pas envie de rire de mon handicap. En tout cas
pas toujours, et pas avec n’importe qui. (Sébastien)
On nous répétait que si on travaillait bien, si on faisait de
bonnes études, si on “décrochait” des diplômes (comme des étoiles ?) on
aurait alors exactement les mêmes chances que les autres. Mais ça ne se passe
pas du tout comme ça ! (Rémi)
Grâce à la maison départementale pour les personnes
handicapées (MDPH) on peut se rendre en taxi à son lycée à son travail quand il
n’est pas près de chez soi. Des aides existent, et c’est bien. Mais il faut
prendre garde : par exemple, en acceptant l’allocation adulte handicapé
(AAH) pas mal de personnes trouvant la vie dehors compliquée pour elles,
finissent par renoncer à toute vie professionnelle, d’apprentissage et même
sociale. Ça leur paraît plus simple au fond de ne pas avoir à sortir de chez
soi. Mais moi je veux bouger, voir du monde, avoir une vie aussi variée que
possible et développer le maximum des atouts dont je dispose quand même,
pouvoir évoluer, exercer un métier. Travailler avec d’autres personnes. Ne p
J'en ai marre qu'on me résume juste à mon autisme ou qu'on dise que je fais des choses bizarres juste à cause de mon syndrome. Je suis bien plus que ça ! (Paco)
Ceux d'entre vous qui auraient des témoignages à apporter, merci de les joindre ici en Commentaire. ça m'intéresse et concerne tout le monde.
PACO


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