Qui suis-je ?
Je voudrais vous faire approcher ce que c’est que de percevoir le monde différemment : avec sans doute des talents que les autres n’ont pas forcément, et quelques facilités de mémoire, mais aussi des limites qui sont nombreuses à vous entraver et surtout, parfois, vous inquiètent.
J’écoute beaucoup, tranquillement, car je ne sais jamais ce
que je vais entendre. Je lis pas mal aussi.
La tromperie est constante chez tout le monde, à ce que je
vois. Et moi je voudrais que tout soit clair. Sans l’écriture, musicale ou
cinématographique, personnellement j’ai du mal à trouver mon rôle. Pour moi
l’histoire n’a pas de rationalité. Elle est la résultante de comportements qui
sont totalement irrationnels, confus, sans méthode. On s’y perd. Je n’ai pas
les codes, mais qui les a ? Alors je m’instruis, pas à pas et à mon
rythme. Ça me prend peut-être plus de temps que pour d’autres, même si je suis
rapide à mémoriser les dates, les noms, les chiffres…
La vérité est une denrée rare. Elle est là, objectivement, mais
demeure entre les mains d’hommes qui ne sont pas tendres les uns envers les
autres et qui, cette vérité, ne cherchent pas forcément à la connaître. Toute
injustice me met hors de moi.
Je vais bien, je ne suis pas malade ni handicapé, je me sens
un jeune homme à peu près comme les autres, sans doute et sous certains
aspects, différent des autres, je sais par ailleurs que je ne suis pas le seul
dans ma singularité, et pour chacun je crois elle présente des particularités.
Vous remarquez ? Je n’ai pas encore prononcé le mot
« autiste ».
J’en suis pourtant un. Et je suis au courant depuis
longtemps. En plus, je le vis au quotidien. Je sais donc ce qu’il en coûte
d’être autre. De sortir de la norme et d’avoir conscience de ne pouvoir jamais
un jour pouvoir y re-rentrer tout à fait. Même en faisant beaucoup d’efforts.
Est-ce souhaitable d’ailleurs ? Et, de toute façon, je n’ai pas le choix.
Il me reste juste celui d’avancer, et de me perfectionner, à tous les niveaux,
notamment un qui est précieux et grandement utile, celui des relations
sociales. J’ai encore plein de choses à apprendre, et ça, quelque part, ça me
réjouit quand j’y pense.
Je ne suis pas différent, je suis singulier.
Simple et complexe = singulier.
J’ai lu récemment une BD, La
différence invisible, où l’auteur dit (Julie Dachez) : Votre différence ne fait pas partie du
problème, mais de la solution. C’est un remède à notre société malade de
normalité.
Alors, si je me lance dans la rédaction de ce blog,
« billet » ou en anglais « post », c’est avec l’intention
d’aller chercher au fond de moi et de voir de plus près cette particularité
puisque j’en ai les moyens et que je suis le mieux placé pour savoir ce qui se
passe en moi, mais aussi par envie et besoin de partager un peu ce que je vis
et pense au quotidien, en espérant d’une part pouvoir proposer un autre regard
sur l’autisme – le mien – et que, le faisant, peut-être des personnes différentes
elles aussi se reconnaîtront, car nous avons tous certainement des points en
commun. Et peut-être pourrons-nous alors échanger, car dans la vie vraie, j’ai
du mal à facilement m’exprimer.
J’ai vraiment réalisé à quel point mon autisme m’affectait à
la fin de l’été 2023, qui était aussi pour moi le passage à l’âge adulte. Je
venais, en juin, d’avoir dix-huit ans et j’allais en septembre entrer en
terminale. Ajouté à cela, il y avait le fait que ma famille et moi nous étions
sur le point de déménager, à la fin de l’été et donc des vacances, et que toute
une période de vie à quatre, six avec nos deux chats – allait prendre fin, même
si nous restions ensemble et dans la même
ville que celle où se trouvait l’appartement où j’ai grandi. Une page se
tournait. Celle de mon enfance.
Bien sûr, depuis le temps, et durant ces années-là, j’ai
beaucoup pensé à ma situation, et il m’arrive d’en parler avec quelqu’un en qui
j’ai confiance, mais il y a des problèmes qui surgissent parfois, et que je
n’ai pas le temps d’analyser, dans la précipitation des jours qui passent et
tout ce que l’on doit faire. Et le faire bien – enfin le mieux possible. Pour
l’instant, je jette en vrac, comme ça, des petites choses. On verra ensuite si
elles vont plus loin.

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